ΦΙΛΟΞΕΝΕΙΑ : Philoxeneia - au plus profond de l'âme Grecque.

Il est des mots étrangers dont l'équivalent français ne peut être rendu autrement que par une périphrase.

Ainsi au mot φλοίσβος ('phlisvos'), mon dictionnaire bilingue s'essaye à une association de synonymes qui n'en sont pas vraiment : 'clapotis, murmure, bruissement'. Pour chacun de ces trois mots français, il existe un équivalent en grec bien précis :'πάφλασμα, ψίθυρος, θρόισμα'. Mais pour le traduire précisément il faudrait plutôt dire 'bruissement de l'écume sur les grains de sable ou les galets'. Habitant la Bretagne, je suis bien placé pour savoir qu'ici l'Océan ondule, roule, ébouriffe, gronde, vitupère, se déchiquette, tout ce que vous voulez, mais ne bruisse pas. Pour comprendre il faut donc au moins une fois s'être promené en Méditerranée au petit matin, quand tous les touristes dorment encore et que vous n'avez que le φλοίσβος dans les oreilles (et les orteils).


C'est d'un mot comme celui-là que je voulais vous parler aujourd'hui, pas tout-à-fait exactement traduisible sans périphrase, car précisément rattaché à une valeur enfouie au plus profond de l'âme grecque. Ce mot, c'est φιλοξένεια.

Communément traduit par 'hospitalité', ce mot est utilisé quand il s'agit d''accueillir un étranger ('xenos') de manière amicale ('philos') et désintéressée'. En Grèce nous faisons ainsi nettement la distinction entre 'φιλοξενώ', accueil simple et amical, et 'υποδέχομαι', accueil officiel, intéressé voire contraint. Et voici le sujet du présent article.


Dès 2011 la Grèce a vu grossir les rangs de migrants 'non désirés', hommes, femmes et enfants fuyant la misère et la guerre au Proche et Moyen Orient. La première réaction du gouvernement grec précédent, taraudé par la poussée de l'extrême droite, fut de s'enfermer dans une posture de fermeté : les demandes d'asile étaient quasiment toutes refusées, les opérations coup de balai, cyniquement appelées 'Xenios Dias' ('Zeus l'hospitalier', protecteur antique de l'étranger voyageant en Grèce), se sont multipliées, et un mur de barbelés fut construit en 2012 sur la frontière terrestre Greco-Turque pour endiguer le mouvement.

La détérioration de la situation en Syrie et Asie Centrale mis cependant de plus en plus de monde sur les routes de l'exil, et de nouvelles voies, plus risquées, par mer, furent utilisées par les passeurs. Le résultat de cette politique désastreuse : toujours plus d'immigrants, avec, en plus, des victimes innocentes dans les eaux grecques.

 En janvier 2015 le nouveau gouvernement Tsipras a pris le contre pied de son prédécesseur, sans pour autant avoir les moyens de leur offrir un accueil à la hauteur de l'enjeu. Les mots de nos gouvernants ont toutefois leur importance, et quand ils sont durs, ils  encouragent ceux qui les partagent. Jusqu'en 2013, les scènes de violence vis-à-vis des migrants étaient régulières.

Le contraire est aussi vrai, et aujourd'hui, malgré les tensions toujours indéniables, nous assistons à une multiplication de gestes d'amitié, de solidarité ou tout simplement d'humanité. Je suis reconnaissant vis-à-vis de ces simples citoyens Grecs, qui dans un tel contexte, par leur action ponctuelle ou militante, font beaucoup plus qu'aider un malheureux dans son dangereux périple. Ils nous aident à rester Grecs, dignes héritiers d'une longue tradition de voyageurs, d'exilés politiques et d'émigrés économiques à travers les cinq continents.


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Commentaires : 1
  • #1

    GUILLOU (lundi, 07 décembre 2015 18:23)

    Sois-en FIER, Yannis !