Histoire de la Grèce (1/6) : 1821-1833 une naissance dans la douleur

L'Histoire de la Grèce est un livre lourd, et ses premières pages remontent tellement loin que cela peut donner le tournis. Pour en avoir une vision d'ensemble assez saisissante faites un tour au musée de l'Art Cycladique à Athènes. Dans l'une des salles,  vous trouverez cinq panneaux très clairs qui reprennent les cinq grandes périodes de l'Antiquité grecque, avec, en vitrine, des œuvres emblématiques de chaque période.

Le premier panneau démarre au troisième millénaire avant J.C.... l'âge de Bronze, d'où nous sont parvenues les statues énigmatiques aux visages triangulaires qui peuplent ce musée. Puis viennent l'âge de Fer, celui des héros légendaires, de la belle civilisation Minoenne en Crète et des murs cyclopéens de Mycènes ; l'époque Archaïque avec ses statues aux sourires d'une innocence presque enfantine, ses premières lois écrites et premières pièces de théâtre ; l'époque Classique, plus sévère, qui marque le point culminant de l'art et de la culture antique grecque ; l'époque Romaine, qui bien que moins brillante en Grèce, est la plus prospère.

Après, que savons-nous ici en France de la Grèce ? C'est le paradoxe de mon pays : son histoire lointaine est bien mieux connue que son évolution récente...

En écrivant tout cela je ne résiste pas à vous remettre en copie la merveilleuse fresque vivante créée par le chorégraphe Dimitri Papaïoannou lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques 2004. Cliquez sur la photo pour la revoir... elle me donne toujours le frisson !

Reprenons.

Nous passerons cette fois-ci sur l'époque Byzantine pour atteindre l'une des époques les plus sombres de notre histoire, la domination Ottomane, ou plutôt le début de sa fin, car nous voici en 1821.

30 ans après la Révolution Française, c'est la Révolution en Grèce ! Ou plus précisément, dans l'empire Ottoman : en Roumanie, en Epire, en Macédoine, en Crète, des soulèvements ont lieu simultanément, sous l'impulsion de militaires, d'hommes politiques et de financiers Grecs et Occidentaux ayant épousé la cause Grecque. Partout, les forces Ottomanes écrasent l'insurrection dans le sang, sauf dans le Péloponnèse,la ville montagnarde de Kalavrita résiste et se déclare libérée le 21 mars 1821. Ce jour deviendra l'une des deux fêtes nationales du pays.

Jusqu'en 1827, les affrontements sanglants se multiplient (on se massacre de part et d'autre sans se soucier des pertes civiles...) , et malgré quelques victoires marquantes, comme en 1822 la prise de Tripolitsa, capitale régionale du Péloponnèse, les Grecs sont sur le point de tout perdre : une flotte imposante de près de 90 navires, fraîchement arrivée d'Egypte (une autre province de l'Empire Ottoman) débarque à Pylos en septembre 1827 et s'apprête à déverser plus de 15000 soldats pour éradiquer les derniers foyers rebelles.

Entre temps, la cause Grecque avait gagné en visibilité et en médiatisation dans les opinions publiques des grandes puissances européennes. Des artistes de renom, comme Lord Byron en Grande Bretagne ou Eugène Delacroix en France, donnent un grand écho à la tragédie vécue par les insurgés Grecs dans les quatre sièges de Messolonghi (1823-1825), ou lors du massacre de Chios (1822). Les dirigeants Britanniques, Français et Russes y ont vu un bon prétexte pour intervenir et pousser leurs intérêts dans la région. Une flotte Anglo-Franco-Russe prend donc position face aux Turcs à Pylos, en invoquant des motifs humanitaires. La tension créée par plus de 4000 canons se faisant face dans un espace aussi réduit  mit littéralement le feu aux poudres et les pourparlers dégénérèrent en l'une des plus grandes batailles navales du XIXè siècle, la Bataille de Navarin. La destruction quasi totale de la flotte ottomane ouvre enfin la voie à la création d'un nouvel Etat Grec indépendant.

 

 

 

 

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Commentaires : 1
  • #1

    Quentric (lundi, 25 septembre 2017 07:10)

    J'anticipe sur la suite . Un chapitre intéressant , écrit par Hervé Mazurel dans "L'histoire mondiale de la France ", récemment parue sous la direction de Patrick Boucheron .
    Extrait : "...De Lisbonne à Londres et de New York à St Petersbourg , ce confit gréco-turc fit ainsi , contre toute attente , événement . A un degré tel que , par-delà l'oubli qui l'entoure aujourd'hui , il interroge encore l'historien . Tout débuta en Morée au printemps 1821 . La révolte populaire des montagnards klephtes contre l'occupant était alors ardemment soutenue à travers le monde par la diaspora grecque . Sauf qu'entre locaux et exilés , deux visions de la Grèce s'opposeraient bientôt . L'une était désireuse de recouvrer l'éclat byzantin d'une orthodoxie rayonnnante ; l'autre , celle d'un Adamentios Korais ,figure parisienne de la diaspora intellectuelle grecque , n'aspirait qu'a construire un état-nation moderne . Or , après que la France , la Grande Bretagne et la Russie aient anéanti la flotte turco-égyptienne en baie de Navarin , le 20 octobre 1827 , et que l'indépendance ait été acquise en 1830 , le visage du nouvel état grec ne contenta personne . Passés sous monarchie bavaroise après de sourdes tractations entre puissances , les Grecs n'étaient pas , malgré ce combat , rendus à eux-mêmes . Pas même aux frontières espérées ......
    La suite , du même tonneau , est intéressante .
    NB : courte bibliographie en fin de chapitre