Histoire de la Grèce (2/8) : 1827-1831 Kapodistrias, 1er gouverneur d'une toute petite Grèce indépendante

 Nous avons rajouté quelques subdivisions supplémentaires par rapport à nos intentions premières, car cela  vaut la peine de détailler pour les quelques personnes qui s'intéresseront au sujet...

 

1827 : Avec la défaite décisive de la bataille navale de Navarin, les Ottomans perdent leur capacité à reprendre le Peloponnèse aux insurgés Grecs.  

Voilà donc le rêve des Grecs à portée de main : "nous allons enfin fonder notre Etat souverain et nous libérer du joug Ottoman !" exultent-ils !

Problème : qui pour gouverner ce nouvel Etat totalement exsangue et répondre aux aspirations, si pressantes, de son peuple qui crie famine ?

Les chefs de guerre, chacun bardé de victoires prestigieuses et mettant en avant leurs bataillons de valeureux Pallikares (citoyens ayant pris les armes) et d'intrépides Klephtes (hors-la-loi, pour certains réputés, du fait de leur faits d'armes contre le pouvoir Ottoman) se crêpent les chignons (la mode masculine était au cheveu long), pour aboutir à la seule conclusion possible : "si on ne veut pas s'entre-déchirer à peine libérés, il nous faut un gouverneur qui ne soit pas l'un de nous, et qui puisse plaider notre cause en Europe !" Tous les regards, se tournent alors vers un Grec un peu plus que juste Grec, car aussi un peu Vénitien de naissance et aussi un peu Russe d'adoption : Ioannis Kapodistrias. 

Non content d'avoir gravi les échelons de l'administration russe jusqu'à en devenir le ministre des affaires étrangères, il avait acquis une solide réputation de diplomate... après tout, c'est lui qui 15 ans plus tôt, avait grandement contribué à rédiger la Constitution Helvétique et manœuvré pour que ce nouveau pays sorte des griffes des Autrichiens, grands rivaux des Russes en Europe Centrale. Tombé en disgrâce depuis que le Tsar le soupçonnait d'en pincer pour les indépendantistes Grecs, qui à ses yeux, ne valaient pas mieux que des terroristes, il avait été mis au placard, et était donc disponible.

 

1828-1829 : Après de longues tergiversations, il quitte sa confortable situation d'aristocrate Européen pour plonger dans l'inconnu le plus total et prendre les rênes de la Grèce. Une tout petite Grèce, qui comportait surtout le Péloponnèse et quelques ïles aux alentours, dont même pas son île de naissance, Corfou, alors aux mains des Britanniques. Une Grèce qui n'a même pas les moyens de lui fournir un vaisseau pour le faire venir : il va devoir patienter  un mois et demi à Ancone qu'un navire Britannique veuille bien se dérouter pour le prendre, et encore, en lui imposant une étape au commandement Britannique installé à Malte. Il faut préciser, qu'à ce moment, aucune grande puissance Européenne n'était vraiment emballée à l'idée de voir un Etat Grec indépendant donner un exemple à suivre aux autres peuples soumis d'Europe... un démantèlement trop brutal de l'Empire Ottoman aurait forcément ébranlé les autres Empires qu'étaient alors la Russie, l'Autriche et la Grande Bretagne. Même la France, en pleine Restauration, se méfiait de la constitution d'une République.  Kapodistrias mit néanmoins à profit ces contretemps pour récolter des fonds et peaufiner ses premières actions en tant que Gouverneur.

En arrivant à Nauplie, ce 19 janvier 1828, il mesura combien sa tâche était immense, un travail digne d'Hercule !

Imaginez un tableau de bord d'Airbus serti de clignotants lumineux, qui, chacun, implique une réaction immédiate sous peine de crash imminent. Tous les clignotants, simultanément, étaient allumés rouge vif ! Le pays crie famine. Les frontières terrestres sont instables et la guerre continue avec les Ottomans, les mers sont infestées de pirates et les campagnes de bandits. L'armée nationale n'existe pas et dépend du bon vouloir de quelques chefs qui, après avoir applaudi à l'arrivée du Gouverneur, retournent leur chapeau pour réclamer des sommes extravagantes pour continuer l'effort de guerre... Sans parler des routes inexistantes, de l'analphabétisme d'une grande partie de la population, de l'économie détruite. Alors que l'Europe venait de vivre le siècle des Lumières, le sud de la Grèce croupissait toujours dans d'obscures oubliettes de l'Histoire !

Il fallait agir vite, et pour cela, pas le temps de palabrer avec tout le monde, il commence par suspendre la Constitution et l'Assemblée législative, remplacée par une chambre consultative, ce qui fit tout de suite grincer des dents parmi les notables.

Puis il se lance : découpage administratif du pays, refonte des bandes armées en Corps d'Armée nationale (ce qui réduisit le banditisme), organisation d'une marine autour des armateurs de la puissante île d'Ydra, destruction des repaires de pirates en mer Egée, création d'un système d'éducation nationale et fondations d'écoles primaires et secondaires, d'une Ecole militaire et d'un Lycée agricole. Il créa aussi une nouvelle monnaie, 'le phénix', pour symboliser la renaissance de la Grèce.

 

1830-1831 : Il réussit aussi à faire reconnaître le nouvel Etat par les grandes puissances et, grâce à l'intervention des Russes, à obtenir un répit des Ottomans. Il n'a eu de cesse de collecter des fonds pour financer le pays, et y consacrât ses propres deniers. Il voyagea à travers les routes (ou plutôt des chemins !)  du pays pour rassurer, encourager, réveiller des vocations, planter des arbres, apporter des vivres... 

S'il se trouve quelques alliés parmi les chefs de guerre (notamment Théodore Kolokotronis, le 'Vieux' de Morée), il se fait aussi de nombreux ennemis, qui n'apprécient pas son style autoritaire, son manque de considération (il refuse souvent de les payer) et sa tendance à placer ses frères aux postes clés qu'ils lorgnaient. Avec les armateurs d'Ydra, la rupture est consommée : le 1er août 1831 ils mettent le feu aux quelques navires militaires que l'Etat Grec avait réussi à financer et qui pouvaient signifier la fin de leur suprématie en mer. Français et Anglais assistent à l'insurrection sans intervenir.

Ce premier coup de massue est suivi par un autre, en le 27 septembre 1831, quand l'un des fils et le frère du chef quasi féodal du Magne (dans le sud du Péloponnèse) assassinèrent Kapodistrias alors qu'il assistait à une messe. Ils lui font payer ainsi l'outrecuidance qu'il avait eu de l'embastiller pour rébellion quelques mois auparavant. Il refusait de payer ses impôts !...

Le pays replonge dans l'anarchie. TOUT EST A REFAIRE !!

 

DANS LES PROCHAINS EPISODES (accrochez vous, il y en a encore beaucoup !) :

Un drôle de roitelet du nom d'Othon de Bavière, parent proche de la future impératrice Sissi d'Autriche, se voit parachuté roi de Grèce... c'est exotique, voire grotesque !

Un homme politique au nom exotique de Charilaos Trikoupis et qui avait déjà dû gérer une faillite de l'Etat Grec dans les années 90... du XIXè siècle !

Un roi Danois, Goerges 1er, avec des capacités d'analyse géopolitique assez limitées à une période clé pour la Grèce.

Un démocrate qui "en a", et qui réussit à retourner une situation désespérée...  Eleytherios Venizelos.

Une guerre qui n'en finit pas : de 1941 à 1949, et la Grèce qui bascule dans le bloc de l'Ouest presque sur un coup de dés.

Notre Mitterrand à nous, qui en 1965, insuffle l'espoir, vite brisé, d'une vraie alternance démocratique : Georgios Papandréou (le père d'Andreas)

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