Histoire de la Grèce (3/8) : 1833-1913 des rois étrangers pour la Grèce

1833-1835 : Au traité de reconnaissance de l'Indépendance de la Grèce de 1830, il était prévu qu'il évoluerait en royaume et le futur monarque avait été choisi dans la lignée des Saxe Cobourg, chère aux Britanniques (c'est la lignée maternelle de la future reine Victoria). Toutefois, l'heureux élu, Leopold, préféra rester au chaud et régner sur la toute nouvelle Belgique, où l'on risque plus de mourir d'un potje vleesch avalé de travers que sous les coups d'un contribuable mécontent. Il fallut donc trouver un plan B...

Le cahier des charges était un peu compliqué : il devait être de lignée royale européenne, disponible, pas embêtant vis-à-vis des Grandes Puissances (à l'inverse de son prédécesseur Kapodistrias bien trop indépendant...), et suffisamment casse-cou (ou imbécile) pour s'installer chez des sauvages armés jusqu'aux dents. La proposition fut faite à un adolescent de 17 ans, Othon de Bavière, de la lignée des Wittelbach, qui n'étant pas l’aîné, avait le choix entre une vie bien réglée dans les Ordres ou se lancer dans l'aventure de régner sur un pays exotique certes un peu agité mais avec de belles perspectives d'avenir. Il arriva en Grèce en janvier 1833, avec 60 millions de franc-or de promesses de nouveaux prêts dans ses valises, et 3500 hommes de l'armée Bavaroise.

 

1835-1862 : Après trois ans de Régence qu'il met à profit pour apprendre le grec et sillonner le pays, il prend rapidement la grosse tête en se voyant comme le 1er Bavarois à être couronné comme un empereur de Byzance. Ce projet va être abandonné au fur et à mesure qu'il découvre les subtilités entre Catholiques et Orthodoxes, et son couronnement se fera dans la plus grande simplicité.

Le jeune roi prend les rênes du pays sous la forme qu'il connaît le mieux : la Monarchie Absolue. Il s'attache à transformer sa nouvelle capitale, Athènes, en ville moderne du XIXè siècle, et commence par créer son propre palais, le bâtiment actuel du Parlement (sur la place Syntagma). Il dote le pays d'une bureaucratie tatillonne, verrouillée par des directeurs bavarois, chapeautés par un 1er ministre bavarois, appuyés de soldats bavarois, le tout vivant aux crochets du pauvre Etat Grec. C'est alors que naît le terme de 'Bavarocratie', qui aboutit à un premier coup d'Etat en 1843. Le roi accepte de doter le pays d'une Constitution et d'un Parlement.

Côté finances, la gestion germanique ne porte pas vraiment ses fruits... En plus des lourdes charges à régler pour le train de vie de l'armée, de l'administration et du Palais, il a fallu verser 12 millions de francs-or à Constantinople pour "l'indemniser" de sa perte territoriale. Pour couronner le tout, un tiers des sommes promises à Othon lors de son intronisation n'ont jamais été débloquées, soit 20 millions de francs-or !

Malgré une politique d'austérité (déjà!), la situation ne s'arrange guère, et le mécontentement de la population augmente en parallèle à celui des créanciers Franco-Britanniques. En 1854, ceux-ci profitent de l'engagement militaire de la Grèce contre leur allié Turc (on est alors en pleine guerre de Crimée), pour imposer un blocus, puis leur tutelle à la Grèce (déjà!!).

Mais finalement, ce qui aura raison de la dynastie des Wittelbach, c'est l'incapacité du couple royal à enfanter. Le roi Othon et la reine Amélie quittent la Grèce par la petite porte en 1862, lors d'un nouveau soulèvement populaire.

 

PROCHAIN EPISODE : Les Vikings prennent le pouvoir !!