Les dures leçons de la récolte 2019

Les dérèglements climatiques se font sentir aussi en Grèce : en septembre 2018, la fin de l'été nous a été signalée par un véritable ouragan à peine moins violent que ceux que connaissent les Antilles. C'est que la Méditerranée est de plus en plus chaude en fin d'été, suffisamment en tout cas pour alimenter des phénomènes violents, comme cela se passe, avec plus de force encore, sur le golfe du Mexique. Une partie de nos belles grappes d'olives, proches de la maturité, se sont donc retrouvées par terre. A cela s'ajoute une humidité inhabituelle pour nous, qui, combinée à la chaleur a fait le bonheur de la mouche de l’olivier. Elle apprécie les olives autant que nous, mais ne se gêne pas pour se servir directement sur l'arbre. En agriculture biologique, nous utilisons des pièges pour lutter contre ce parasite, mais cela s'avère bien dérisoire en cas d'infestation sévère. Une fois piquée, l'olive tombe prématurément, et si elle ne tombe pas, doit être écartée avant d'être pressée car elle fera monter l'acidité de l'huile.

 

Certains de nos arbres, affaiblis par ces mésaventures, se défendent aussi moins bien contre d'autres parasites comme la cochenille noire, qui n'est pas si grave en elle-même, mais favorise le développement d'une affection que nous appelons en grec 'la cendre', et qui en recouvrant le tronc et le feuillage, diminue l'exposition de l'arbre aux rayons du soleil, et contribue à le dévitaliser. Le résultat de tout cela est une perte de plus de 30% de notre production habituelle en huile d'olive. Nous allons donc limiter le nombre de cubis de cinq litres cette année, et allons devoir augmenter nos prix de 20 centimes du litre pour notre huile d'olive (Kotronaki et Choix d'Ulysse) sur tous les formats : à compter du 15 avril, le bidon de 3 litres passera à 29,90 EUR et le cubi de 5 litres à 48 EUR.

Au moins deux dures leçons nous ont été infligées cet hiver : quand des éléments perturbateurs extérieurs s'additionnent pour casser la dynamique d'une oliveraie biologique saine, il faut être très présent pour tenter de redresser la situation et limiter les dégâts. Force est de constater que notre organisation, qui depuis le décès de mon grand père s'appuie beaucoup sur les épaules de mon cousin (Kostas Arvanitis, habitant à 12 km de là), est trop légère pour y faire face. Cela va prendre du temps pour trouver une éventuelle personne alternative plus proche en qui nous pourrions avoir la même confiance pour la gestion de l'oliveraie Kotronaki.

L'autre leçon est que le climat est devenu beaucoup plus imprévisible, et cela, pour tout agriculteur, n'est pas une bonne nouvelle. Un olivier adulte est armé pour faire face à l'aridité et à la chaleur méditerranéennes, mais pas à la moiteur ni aux ouragans tropicaux. La roue du changement est déjà lancée.

Je me joins au concert d'appels à nous tous, en tant que citoyens éveillés et responsables : continuons nos efforts en vue de réduire l'impact de nos activités humaines sur l'environnement, c'est notre seule chance d'atténuer les effets dévastateurs du changement climatique. Un grand merci à vous !