Histoire de la Grèce (4/8) : 1863-1913 : un Danois pour régner sur la Grèce... sa majesté Georges 1er

octobre 1862 : nous avions laissé la Grèce en pleine révolte contre son premier roi, un Bavarois catholique qui refusait de se convertir à l'orthodoxie, ruinait le pays, et n'arrivait pas à lui donner d'héritier. Après avoir assuré l'exfiltration d'Othon, de sa famille et de ses biens, les "Puissances protectrices" (Russie, Roy. Uni, France) doivent rapidement trouver un nouvel hôte au trône de cette Grèce décidément pas commode. La liste des prétendants possibles est longue comme le bras, tant l'Europe du milieu du XIXè regorge de maisons aristocratiques à la progéniture prolifique et désœuvrée.

Mais bon.

Etre de lignée royale ne suffit pas, il faut aussi être acceptable aux trois Puissances, rivales pour assurer leur influence sur cette partie de la méditerranée. Du coup, il ne faut pas être trop proche de l'une d'elles, ni trop éloigné. Puis il faut convaincre l'élu de prendre la tête d'un pays sans le sou, tout en acceptant de se conformer aux limites imposées par une Constitution encore floue et par les exigences des Puissances qui n'hésitent pas à intervenir : le souvenir du blocus de 1854 est encore vif ! 

 

1863-1869 : Après six mois interminables, le choix se porte finalement sur un prince Danois de 17 ans. Georges 1er arrive en Grèce en octobre 1863 et amène dans sa corbeille les Iles Ioniennes que les Britanniques avaient promis de rétrocéder en cadeau de bienvenue.

Rapidement, il montre des signes d'intégration en renvoyant les conseillers danois qui l’entouraient et en apprenant le grec. Il intervient aussi pour faire adopter la Constitution par toutes les factions de manière définitive : le Parlement grec (Vouli) et le suffrage universel masculin sont institués en 1864.

Moins pompeux qu'Othon, soucieux d'améliorer l'image du souverain, Georges se promène dans les rues d'Athènes et voyage dans son petit pays au contact de la population.

Mais bon.

Les questions qui fâchent sont toujours là : les créanciers Franco-Britanniques attendent leurs remboursements et les caisses sont toujours aussi vides. Malgré tous ses efforts, il ne peut obtenir qu'un rééchelonnement de la dette, et doit poursuivre la politique d'austérité impopulaire de son prédécesseur.

Il se déconnecte un peu plus des aspirations populaires lors de la révolte Crétoise de 1866-1869 : des représentants chrétiens de Crête appellent à l'Enosis, la réunion avec la Grèce ! Le directeur de la banque de Grèce organise des collectes de fonds, des bateaux grecs forcent le blocus des ports crétois imposé par les Ottomans, les blessés et réfugiés affluent et sont secourus par des comités citoyens grecs, des militaires grecs se mobilisent, mais le roi des Grecs reste neutre pour préserver ses relations avec les Puissances et les Ottomans, de plus en plus menaçants à la frontière nord. La rébellion Crétoise rend l'âme, symbolisée par le martyre du Monastère d'Arkadi, qui évoque celui de Messolonghi 45 ans plus tôt, sans que le gouvernement grec n'agisse.

Pour redorer son blason, il se choisit pour épouse Olga, une duchesse Russe, donc Orthodoxe. Le mariage est célébré à St Pétersbourg en 1867, et une vie de cour prend forme, au fur et à mesure que la famille royale s'agrandit. Entre époux, on se parle en Allemand.

 

1870-1879 : Après le camouflet subi en Crête, l'autorité de Georges 1er est encore plus entamée par son attitude tout aussi prudente lors des révoltes Slaves qui ont enflammé les Balkans à compter de 1875. La neutralité officielle envers un voisin honni qui n'hésite pas à laisser des mercenaires (les tristement célèbres bachi-bouzouks) commettre des exactions contre des civils exacerbe le mécontentement d'une partie de la population. Des hommes politiques grecs comme Charilaos Trikoupis s'élèvent pour exiger que le gouvernement du pays soit exercé par un représentant de la majorité parlementaire, ce qui est accordé en 1875. L'intervention des Russes en soutien des Bulgares en 1877 convainc Georges à mobiliser son armée pour contrer la menace d'une grande Bulgarie aux dépens des Grecs. Las, alors qu'il regagnait en popularité, le voilà obligé par les Puissances de battre retraite au bout 5 jours. Les Russes avaient signé un traité mettant fin aux hostilités avec les Ottomans la veille de son engagement ! Et voilà que quasiment toute la Macédoine et la Thrace sont occupés par les Bulgares... un cauchemar !! Heureusement, le nouvel homme fort de l'Europe, le chancelier Bismarck, sentant les tensions monter de toutes parts, prend les choses en main et redistribue les cartes lors du traité de Berlin de juin 1878. La Grèce récupère la Thessalie, et la Macédoine n'est pas reconnue territoire Bulgare.

 

1880-1890 : Sous la pression de Trikoupis, Georges 1er accepte de moins intervenir dans la gestion quotidienne du pays, qui revient au 1er ministre. Le gouvernement Trikoupis fut le plus long depuis le début du règne : 7 ans en à peine deux mandats ! D'importantes réformes furent passées, des infrastructures créées, et l'économie connu une embellie. Il lança les travaux du canal de Corinthe, qui fut inauguré en 1893. Confronté aux ressources insuffisantes du pays, il augmenta sérieusement les impôts ce qui lui fit perdre les élections en 1885. Son successeur, Deligiannis, un nationaliste, relance le conflit armé avec les Ottomans dans le sillage des Bulgares qui avaient remis en question le traité de Berlin et se battaient contre les Serbes. Immédiatement, les Britanniques décrètent le blocus maritime et obligent Deligiannis à battre en retraite. Trikoupis revient et reprend son oeuvre : travaux d'infrastructure, impôts et endettement. Georges 1er prend de la hauteur et le jubilé de son règne de 1888 est fêté en grande pompe. Moins il en fait, plus il est populaire ! Dans la foulée, il marie son fils et héritier Constantin à la soeur du futur Kaiser Allemand Guillaume II. 

 Un choix judicieux ?? Vous le saurez en lisant la suite très prochainement !!